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Le soleil finit par ressembler à la lampe d’un interrogatoire

Poésie d’exil · Trocadéro · Mai 2026

Le soleil finit par ressembler
à la lampe d’un interrogatoire

Paris, ce matin. Place du Trocadéro, en plein soleil.

Une femme marche, le visage caché, vers le rassemblement.

Chaque matin, avant même que le monde n’ouvre les yeux, un éclat de soleil glisse par la fente de la fenêtre, sur mon visage — comme une main qui voudrait me tirer du fond d’un cauchemar.

Mais s’éveiller n’est plus une délivrance.

· · ·

La nuit, tous mes rêves se déchirent dans ma gorge au son d’une corde. Les cauchemars picorent ma poitrine — corbeaux patients qui attendent le matin.

J’ai peur du matin.

Peur du tremblement glacé de mes doigts avant même que je prenne le téléphone. Peur que le monde recommence encore — avec un nom de plus. Avec le nom d’une jeunesse qui sentait encore la vie.

· · ·

De l’autre côté des frontières, des hommes aux bouches pleines de promesses tracent des lignes sur la carte du monde. Ils plantent des cris dans la gorge des peuples — et entre eux, le mien s’efface, en silence, lentement.

Comme une bougie dans le vent.

· · ·

Personne n’a entendu notre fracture.

Personne n’a compris que, dans un pays où chaque aube naît de la corde et de la peur, le soleil finit par ressembler à la lampe d’un interrogatoire.

· · ·

Et moi, chaque matin, avec un cœur qui semble avoir couru toute la nuit, je me lève — en espérant qu’une seule fois, le monde cesse de tuer nos rêves.


Elle est descendue. Elle a marché jusqu’au Trocadéro. Elle a porté le drapeau. Elle est rentrée chez elle vivante — et ce soir, elle écrira peut-être encore. Pour celles et ceux qui n’écriront plus jamais.

— Shima, pour celle qui a marché aujourd’hui

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