Au bord de la nuit
Javid Nâm · Poésie · Mémoire
Au bord de la nuit
Un poème de Shima, pour celles et ceux qui ne sont jamais arrivés.
Vingt-quatre visages — Farzand e Iran. Que leurs noms coulent à jamais dans la bouche du vent.
تقدیم به آنان که شجاعتشان از ما بیشتر بود
« À celles et ceux dont le courage fut plus grand que le nôtre. »
Nous nous tenons au bord de la nuit ; une nuit aux mille fenêtres éteintes et aux mille noms qui tournoient encore dans le vent. Ne crois pas à ces sourires éteints. Il n’est point de paix, tant que la terre tremble encore du bruit de ceux qui ne sont jamais arrivés.
Mais ce n’est pas là toute l’histoire. Au cœur même des ténèbres veille une clarté qui ne redoute pas l’extinction. Le chagrin, depuis des années, habite notre demeure et n’a point oublié son nom ; mais dans cette même demeure, l’espérance aussi respire.
As-tu vu le papillon à l’aile brisée ? Mieux que tous les oiseaux, il sait ce que signifie le ciel ; car pour lui, voler ne fut jamais l’habitude de l’aile, mais la victoire de la blessure.
Et vous, ô vous qui avez franchi la frontière de la terre — êtes-vous partis ? Ou bien, pareils à une lumière, êtes-vous seulement passés d’une fenêtre à une autre ? La terre, cette brève auberge de poussière et de sommeil, a englouti bien des noms ; mais il est des noms qui ne meurent pas. Ils courent dans les veines du temps et prennent racine dans la mémoire des peuples.
Nous n’avons pas seulement porté le deuil. Nous nous sommes dressés dans la rue, des mois durant, les mains nues et le cœur qui jamais ne recula. Nous avons vu la peur battre en retraite, pas à pas, et la voix jaillir de la gorge de la foule.
Aujourd’hui, nous nous tenons la main ; non pour forger une chaîne, mais pour prouver que nul homme, à lui seul, n’est l’humanité tout entière. Ma main est le prolongement de la tienne, et ta main le prolongement de mille autres mains qui, dans les ténèbres, n’ont jamais posé la lampe à terre.
Ce chemin ne fut pas que perte : il fut aussi le commencement d’un éveil. Et maintenant, en cet âge pesant de l’oubli, nous avons choisi la plus grande des révoltes : nous souvenir, et continuer. Nous souvenir des noms, et continuer les rues — jusqu’au jour où la lumière vivra non pas au bout du chemin, mais dans le chemin lui-même.
Nous sommes debout ; non contre la mort, mais contre l’oubli. Et tant qu’une main reposera dans une autre main, tant qu’un cœur battra pour un autre cœur, tant que votre nom coulera dans la bouche du vent — nous sommes. Nous demeurons. Nous sommes ce qui, de vous, continue.
— Shima · Garde Javidan
We stand at the edge of the night; a night of a thousand darkened windows and a thousand names still wheeling in the wind. Do not believe these silent smiles. There is no peace, while the earth still trembles with the sound of those who never arrived.
But this is not the whole of the story. In the very heart of the darkness keeps watch a light that does not fear extinction. Sorrow has dwelt in our house for years and has not forgotten its name; yet in that same house, hope too draws breath.
Have you seen the butterfly with the broken wing? Better than all the birds, it knows what the sky means; for to fly was never, for it, the habit of the wing, but the victory of the wound.
And you, O you who crossed the border of the earth — have you departed? Or, like a light, have you only passed from one window to another? The earth, this brief inn of dust and sleep, has swallowed many names; but there are names that do not die. They run in the veins of time and take root in the memory of peoples.
We did not only mourn. We rose in the street, for months on end, with empty hands and hearts that never drew back. We watched fear retreat, step by step, and the voice break free from the throat of the crowd.
Today we hold one another’s hands; not to forge a chain, but to prove that no single soul is the whole of humankind. My hand is the continuation of yours, and your hand the continuation of a thousand other hands that, in the darkness, never laid the lamp upon the ground.
This road was not only loss: it was also the beginning of an awakening. And now, in this heavy age of forgetting, we have chosen the greatest of revolts: to remember, and to go on. To remember the names, and to go on through the streets — until the day when light shall live not at the end of the road, but in the road itself.
We are standing; not against death, but against forgetting. And as long as one hand rests in another hand, as long as one heart beats for another heart, as long as your name flows in the mouth of the wind — we are. We remain. We are that, of you, which continues.
— Shima · Garde Javidan
ما بر لبهٔ شب ایستادهایم؛ شبی با هزار پنجرهٔ خاموش و هزار نام که هنوز در باد میچرخند. این لبخندهای خاموش را باور مکن. هیچ آرامشی در کار نیست، وقتی زمین هنوز از صدای نرسیدن میلرزد.
اما این همهٔ داستان نیست. در دل همین تاریکی نوری هست که از خاموشی نمیترسد. اندوه سالهاست در خانهٔ ما سکونت دارد و نام خویش را از یاد نبرده است، اما امید هم در همین خانه نفس میکشد.
پروانهٔ شکستهبال را دیدهای؟ او بیش از تمام پرندگان معنای آسمان را میداند؛ زیرا پرواز برای او نه عادتِ بال، که پیروزیِ زخم بوده است.
و شما، ای آنان که از مرز خاک گذشتید، آیا رفتهاید؟ یا چون نوری از پنجرهای به پنجرهای دیگر عبور کردهاید؟ زمین، این مسافرخانهٔ کوتاهِ خاک و خواب، نامهای بسیار را بلعیده است؛ اما بعضی نامها نمیمیرند. در رگهای زمان میدوند و در حافظهٔ مردم ریشه میدوانند.
ما فقط سوگوار نبودیم. ما در خیابان ایستادیم، ماهها، با دستهای خالی و قلبهایی که عقب ننشستند. ما دیدیم چگونه ترس قدمبهقدم عقب رفت، و چگونه صدا از گلوی جمعیت بیرون آمد.
امروز دست در دستِ هم ایستادهایم؛ نه برای آنکه زنجیری بسازیم، بلکه برای آنکه ثابت کنیم هیچ انسانی به تنهایی تمامِ انسان نیست. دستِ من ادامهٔ دستِ توست، دستِ تو ادامهٔ هزاران دستیست که در تاریکی چراغ را زمین نگذاشتند.
این مسیر فقط فقدان نبود؛ آغازِ بیداری هم بود. و اکنون، در این عصرِ سنگینِ فراموشی، بزرگترین شورش را برگزیدهایم: به یاد آوردن، و ادامه دادن. به یاد آوردنِ نامها، و ادامه دادنِ خیابانها، تا روزی که نور نه در پایان راه، که در خودِ راه زندگی کند.
ما ایستادهایم؛ نه در برابر مرگ، که در برابر فراموشی. و تا وقتی دستی در دستِ دستی دیگر باشد، تا وقتی قلبی برای قلبی دیگر بتپد، تا وقتی نام شما در دهان باد جاری باشد، ما هستیم. ما میمانیم. ما ادامهٔ شماییم.
— شیما · گارد جاویدان
نه میبخشیم و نه فراموش میکنیم
Nous ne pardonnons ni n’oublions. · We neither forgive nor forget.
Javid Nâm — عباس علیرضایی چالی · سپهر سلطانی (۱۵ ساله) · et d’autres enfants d’Iran.
Vingt-huit enfants d’Iran — un nom, un visage
فرزند ایران و جان فدای میهن
Les noms portés par ce montage, victimes de la répression de l’hiver 2025-2026. Pour certains, la mémoire a pu réunir des faits sourcés ; pour les autres, nous gardons au moins le nom vivant — sans jamais rien inventer.
Infirmière à Karaj, mère de deux enfants. Le 8 janvier 2026, abattue d’une balle dans le dos alors qu’elle portait secours à une femme rouée de coups. Les autorités ont entravé son inhumation.
با شرف · Bâ Sharaf
Arbitre-assistante de football féminin à Ispahan ; elle rêvait d’arbitrer en Coupe du monde. Touchée par balle réelle en janvier 2026 ; les rites funéraires lui furent interdits.
با شرف · Bâ Sharaf
Adolescent kurde d’Abdanan (Ilam), il travaillait à Téhéran. Tué par tir direct le 8 janvier 2026. Ses funérailles à Abdanan se sont muées en manifestations, elles-mêmes réprimées.
با شرف · Bâ Sharaf
Converti au christianisme, père de famille. Abattu le 9 janvier 2026 à Baharestan en revenant chercher le corps d’un ami ; l’accès à l’hôpital lui fut refusé. Funérailles interdites à sa famille.
با شرف · Bâ Sharaf
Artiste fabricante de poupées et graphiste, diplômée de Téhéran. Tuée par balle à l’abdomen le 8 janvier 2026, quartier de Salsabil. Ayant perdu ses parents, elle vivait seule de son artisanat.
با شرف · Bâ Sharaf
Jeune Kurde de Rasht. Abattu d’une balle dans la tête le 8 janvier 2026, près du sanctuaire de Dana-ye Ali.
با شرف · Bâ Sharaf
De Sabashahr (Shahriar). Tué le 8 janvier 2026 en portant secours à un blessé de son quartier. Le régime imputa d’abord sa mort à des « terroristes » — version démentie par les ONG.
با شرف · Bâ Sharaf
De Rasht, revenu d’Istanbul voir ses proches. Tué d’une balle dans la tête lors des manifestations de la rue Namjoo, en janvier 2026.
با شرف · Bâ Sharaf
Père de famille de Babol, tué en janvier 2026. À son enfant, il avait dit : « Si un jour je ne reviens pas, sache que je suis devenu un héros. »
با شرف · Bâ Sharaf
Tué le 8 janvier 2026 à Téhéran (Afsariyeh). Sa tombe est devenue un lieu de rassemblement : « Par le sang de nos camarades, nous tiendrons jusqu’au bout. »
با شرف · Bâ Sharaf
Recensé parmi les victimes du soulèvement de l’hiver 2025-2026 par le Centre iranien des droits humains.
با شرف · Bâ Sharaf
Recensé parmi les jân-bâkhtegân (tombés) du soulèvement national de l’hiver 2025-2026 (liste du Centre iranien des droits humains).
با شرف · Bâ Sharaf
Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf
Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf
Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf
Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf
Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf
Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf
Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf
Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf
Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf
Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf
Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf
Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf
Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharaf
Son nom demeure. · نامش جاوید
با شرف · Bâ Sharafما ادامهٔ شماییم
Nous sommes ce qui, de vous, continue. · We are that, of you, which continues.