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Dard — درد

Mémorial · Javid Nam

Dard درد

— Douleur, en persan. Le mot qui dit tout. Le mot que je n’arrive plus à éviter.


Dard, en persan, c’est la douleur. La nôtre. Celle qui ne s’efface pas. Celle qui vient avec un visage à chaque fois nouveau, et toujours le même — celui d’une mère, d’une fille, d’un frère, d’un enfant. Celui d’un Iranien tombé.

Cette vidéo n’est pas un poème. C’est un montage. Un cri. Des images que je remets bout à bout parce que je ne peux pas dormir tant qu’elles ne sont pas vues. Tant que leurs noms ne sont pas dits.

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Aysan, 7 ans. Allongée sur la tombe de sa maman, Parisa Lashkari, tuée d’une balle en plein cœur par les forces du régime islamique le 10 janvier 2026. Parisa avait manifesté. Pour la liberté. Pour l’avenir de sa fille. Sa fille de sept ans. Qui aujourd’hui dort sur la pierre.

Je regarde cette image et je ne sais pas comment continuer à écrire. Je ne sais pas comment être assise devant un écran, en France, à boire un thé, pendant qu’une enfant de sept ans n’a plus de maman pour la coucher. J’ai mal pour elle d’une douleur qui ne m’appartient même pas. Je n’ai pas le droit d’y mettre des mots. Et pourtant je dois.

Parce que le régime, lui, mise sur le silence. Sur l’oubli. Sur le fait que la vidéo défile trop vite, que le scroll continue, que demain on parlera d’autre chose. Et moi je dois faire en sorte que demain on en parle encore. Et après-demain. Et dans dix ans. Et dans cinquante.

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Dans cette vidéo, il y a d’autres visages. Cette jeune femme aux cheveux clairs, qui sourit à la caméra dans un autoportrait, et qu’on a effacée début janvier 2026 pour avoir simplement osé rêver d’un pays libre. Une vingtaine d’années. Un sourire. Plus rien.

Il y en a des milliers comme elle. Des dizaines de milliers. Des centaines de milliers sur quarante-sept ans. Dard, c’est aussi ce mot que je dis le matin quand je pense à eux, et le soir quand je pense à eux, et toutes les heures entre les deux.

Ni oubli, ni pardon. هرگز فراموش نمی‌کنیم، هرگز نمی‌بخشیم.

Aysan, je ne te connais pas. Mais je porterai le nom de ta maman, Parisa Lashkari, jusqu’à ma propre fin. Et je dirai aux gens d’ici, dans cette langue qui n’est pas la mienne, ce qu’on lui a fait. Pour que personne ne dise un jour qu’on ne savait pas.

— Sara, mémorial Javid Nam · /javid-nam/

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