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سپهر، بابا کجایی؟ — Sepehr, papa où es-tu ?

Esmail Shokri, dans la cour du centre médico-légal de Kahrizak. Il cherche son fils.

Cette voix. Vous l’avez entendue.
Vous ne l’oublierez plus.


خانه سرخ و کوچه سرخ است و خیابان سرخ است
آری از خون پهنه‌ی برزن و میدان سرخ است
Rouge est la maison.
Rouge la ruelle.
Rouge la rue.
Oui — du sang, rouges sont le quartier et la place.

خانه سرخ / La maison rouge


Le nom dans la nuit

Il s’appelle Sepehr Shokri. Vingt-cinq ans, sans doute — son âge exact n’a jamais été officiellement confirmé. On a vu son visage. On a vu sa photo de jeunesse. On n’a jamais vu son acte de naissance. C’est comme ça que ce régime travaille : il prend tout, jusqu’aux chiffres.

Il est mort dans les rues de Téhéran, pendant les manifestations des 18 et 19 Dey 1404 — soit le 8 et 9 janvier 2026. Un mois de janvier où, à Téhéran, dans certaines rues, il y avait plus de douilles que de neige. Un mois qui a déjà son nom : Bloody January.

Sepehr est tombé. On ne sait pas où exactement. On ne sait pas par quelle balle. On sait qu’on a transporté son corps à Kahrizak — le centre médico-légal du sud de Téhéran, où les corps des manifestants finissent, à plat sur le sol, dans des housses noires posées en rangées comme des sacs de farine.

Esmail, dans la cour

Son père s’appelle Esmail Shokri. Il est venu. Il est entré dans la cour. Il a sorti son téléphone. Il a commencé à filmer parce qu’il fallait que quelqu’un voie, et que ce quelqu’un ne soit pas seulement lui. Il appelle son fils :

« سپهر، بابا، کجایی؟ سپهر، بابای سپهر، کجایی پسرم؟ »
— Sepehr, papa, où es-tu ? Sepehr, le Sepehr de papa, où es-tu mon fils ?

Il ouvre une housse. Il en ouvre une autre. Il appelle encore. À côté, un autre père reconnaît son enfant et tombe. Esmail continue. Il ne s’arrête pas avant douze minutes. Douze minutes dans lesquelles tient toute la République islamique. Un homme. Un téléphone. Des housses noires. Et un prénom qu’on répète comme s’il pouvait, par la seule force de l’appel, sortir un fils de la mort.

Et puis on a essayé de lui voler ça aussi

La télévision d’État — l’IRIB — a sorti une fausse interview. Le père d’un autre Sepehr, qu’on a installé devant la caméra pour expliquer que la vidéo était un montage, que ce n’était pas son fils, que tout ça n’était qu’une mise en scène ennemie. Comme si une seule famille pouvait porter un nom. Comme si un autre cri pouvait recouvrir celui-là. Personne n’a marché. Le visage de Sepehr Shokri était déjà partout. Le visage de son père aussi.

Le 21 mars 2026, c’était Norouz. Le nouvel an iranien. La nuit où, dans toutes les maisons d’Iran, on dresse la table du haft-sin et on attend, ensemble, le passage de la nouvelle année. Esmail Shokri, lui, est allé fleurir la tombe de son fils. À Behesht-e Zahra, le grand cimetière du sud de Téhéran. Il y a été arrêté violemment par les agents du régime et emmené vers un lieu non divulgué. Au moment où je publie ces lignes, personne ne sait où il est.

Ils ont tué le fils. Ils enlèvent le père. Pour que personne, jamais, n’ouvre une housse dans la cour de Kahrizak.


Ce refrain n’a pas été écrit pour Sepehr. Aucun refrain n’est écrit pour personne. Les refrains attendent — et puis un jour, quelque part, un nom les rejoint. Ce jour, à Kahrizak, c’est Sepehr Shokri.

Demain, peut-être, ce sera quelqu’un d’autre. Le poème, lui, ne change pas. C’est nous qui devenons rouges.

— Shima.

سپهر بابا کجایی؟

Sepehr Shokri, vingt-cinq ans environ — âge exact jamais confirmé. Tué par la République islamique. Téhéran, 8 ou 9 janvier 2026. Bloody January.
Esmail Shokri, son père. Filme dans la cour de Kahrizak. Arrêté à la tombe de son fils, Norouz 2026. Lieu inconnu.

Avant d’être un slogan, c’est un père. Tu es Javid Nam. Femme, Vie, Liberté. Ni oubli. Ni pardon.

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