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Baa Sharaf

Les huit visages — Baa Sharaf

Baa Sharafبا شرف

« Avec honneur » — comment le peuple iranien nomme ses tombés

Quand le peuple iranien prononce le nom de l’un des siens tombé sous la balle, sous la corde, sous la matraque du régime des Mollahs, il ne dit pas seulement le nom. Avant le nom, il dit, doucement, comme une prière :

Farzand e Iran va jan fadayeh mihan
فرزند ایران و جان فدای میهن
« Enfant d’Iran et sacrifié de la patrie »

Puis il dit le nom. Puis, en clôture, il ajoute, comme une décoration posée sur la mémoire : Baa Sharaf.

Baa Sharaf — « avec honneur ». Dans la langue iranienne, ce titre est posthume. Il n’est pas donné par le régime. Il ne s’achète pas. Il s’attache à celui qui est tombé en gardant l’honneur — qui n’a pas cédé, qui n’a pas trahi, qui n’a pas renié. C’est la plus haute distinction populaire qu’un peuple puisse donner à l’un des siens.

Aujourd’hui, voici huit visages. Sept sont déjà Baa Sharaf. Un — Masih — est encore vivant, à un souffle de la corde. Pour lui, l’urgence d’abord.

Masih Abbaskhani Davanlou

Masih Abbaskhani Davanlou

Masih est vivant. Pour combien d’heures encore, nul ne le sait. Le régime l’a transféré à l’isolement — en Iran, cela veut dire que la corde et la grue se préparent. Son crime ? Avoir manifesté pour la liberté en janvier dernier. On l’a torturé. On lui a arraché de faux aveux. On l’a condamné à mort. Aujourd’hui, il est à un souffle de la mort.

Si vous lisez ces lignes, prononcez son nom. Partagez son nom. Que son nom devienne plus grand que le silence dans lequel le régime voudrait l’enfermer.


Nastaran Abdollahi

Farzand e Iran va jan fadayeh mihan

فرزند ایران و جان فدای میهن

Nastaran Abdollahi, 21 ans — Baa Sharaf

Elle avait 21 ans. Elle était étudiante. Début janvier 2026, à Andisheh, près de Téhéran, elle est sortie dans la rue pour la liberté. Le régime des Mollahs l’a frappée à la tête. Le sang coulait sur son visage quand on l’a portée à l’hôpital. Elle a cru qu’elle était sauvée. Dans la nuit, ils sont venus la chercher jusque dans son lit. Ils ont frappé jusqu’à ce que son cœur s’arrête. Sa seule faute fut d’avoir voulu vivre libre.


Fayezeh Mostaan

Farzand e Iran va jan fadayeh mihan

فرزند ایران و جان فدای میهن

Fayezeh Mostaan, 20 ans — Baa Sharaf

Le 8 janvier 2026, à Karaj, elle marchait pour la liberté. Une balle du régime l’a frappée en pleine poitrine. Elle est tombée dans son sang. Sa mère l’a gardée contre elle jusqu’au matin, comme si l’amour pouvait encore la ramener. Pendant deux jours, sa famille a caché son corps, parce que même morte, le régime pouvait encore l’arracher à eux.


Erfan Shokourzadeh

Farzand e Iran va jan fadayeh mihan

فرزند ایران و جان فدای میهن

Erfan Shokourzadeh, 29 ans — Baa Sharaf

Il avait 29 ans. Étudiant brillant en ingénierie aérospatiale, major de sa promotion. Le régime l’a torturé huit mois et demi pour lui arracher de faux aveux. Son seul crime était d’avoir voulu vivre libre. Le 11 mai 2026, ils l’ont pendu au bout d’une corde, suspendu à une grue. Que son nom traverse le silence.


Kimia Kamiab

Farzand e Iran va jan fadayeh mihan

فرزند ایران و جان فدای میهن

Kimia Kamiab, 17 ans — Baa Sharaf

Elle avait 17 ans. Le 8 janvier 2026, à Islamshahr, elle manifestait pour la liberté quand les forces du régime ont ouvert le feu. Dans un dernier réflexe, elle a serré sa main contre son cœur — avant que la balle ne traverse sa main puis sa poitrine. Après sa mort, on a retrouvé ces mots dans son carnet : « Mon plus grand rêve, c’est de ne pas être inutile dans ce monde. Je suis libre. »


Ehsan Afarashteh

Farzand e Iran va jan fadayeh mihan

فرزند ایران و جان فدای میهن

Ehsan Afarashteh, 32 ans — Baa Sharaf

Il avait 32 ans. Ingénieur brillant, il vivait en Turquie, à l’abri. Le régime promit à son père : « Qu’il rentre, il ne lui arrivera rien. » Ehsan est revenu. À l’aéroport, ils l’ont arrêté. Isolement. Torture. Aveux forcés. Quand son père apprit la condamnation, son cœur lâcha. Le 13 mai 2026, ils ont pendu Ehsan.


Reyhaneh Qodsi

Farzand e Iran va jan fadayeh mihan

فرزند ایران و جان فدای میهن

Reyhaneh Qodsi, 22 ans — Baa Sharaf

Elle venait de Qazvin. Elle avait 22 ans. Elle étudiait pour devenir dentiste. Le 8 janvier 2026, les forces du régime lui ont tiré dans le dos pendant qu’elle marchait pour la liberté. Une balle a traversé sa poitrine et elle s’est effondrée seule sur le sol froid d’une rue d’Iran, pendant que le monde continuait de vivre normalement. 22 ans — l’âge où elle devait encore rêver à demain.


Arshan Ghasemi

Farzand e Iran va jan fadayeh mihan

فرزند ایران و جان فدای میهن

Arshan Ghasemi, 18 ans — Baa Sharaf

Il avait 18 ans. Étudiant en ingénierie à Téhéran. Le 8 janvier 2026, les forces du régime lui ont tiré deux balles dans le cou, par derrière, place Haft-e Tir, pendant qu’il manifestait pour la liberté. Il avait toute une vie devant lui. Ses dernières paroles, que sa génération porte : « Dites encore mon nom. Ne me laissez pas disparaître dans le silence. »

Sara

Moi je compte. J’écris. Je n’oublie pas.

Il y en a encore. Il y en a des dizaines, des centaines, des milliers — des centaines de milliers — dont je n’ai pas encore prononcé le nom. Chaque jour qui se lève, le régime arrache un nom de plus à la lumière. Chaque jour qui se lève, moi aussi je reprends la plume.

Farzand e Iran va jan fadayeh mihan.
À tous ceux dont les noms sont encore à venir.
À tous ceux dont les noms sont déjà inscrits dans le ciel des Iraniens.

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