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« This Is Our Story » : ils ont filmé le soulèvement de janvier 2026 au péril de leur vie

Foule place Haft Hoz à Téhéran, le 8 janvier 2026 : « Prince, nous sommes sortis pour toi »

Ils savaient qu’ils pouvaient mourir, et ils ont filmé quand même. Pendant six mois, plus de 10 000 vidéos tournées par des Iraniens au péril de leur vie ont été sorties clandestinement du pays. Mises bout à bout, elles forment « This Is Our Story » (« Voici notre histoire »), une série documentaire en quatre épisodes. Il n’y a ni narrateur ni commentaire : seulement les voix de ceux qui ont marché, de ceux qui sont tombés et de ceux qui les ont cherchés à la morgue.

Le régime avait coupé Internet, interdit la presse et éteint les lampadaires. Il voulait tuer sans témoin. Mais chaque téléphone levé au-dessus de la foule est devenu une preuve. Nous avons fait de chacun des quatre épisodes une synthèse sous-titrée en français et en anglais, à retrouver sur notre compte TikTok, et nous donnons pour chacun le lien vers la version complète.

Épisode 1 : « La ville s’arrête »
du 29 décembre 2025 au 7 janvier 2026

Tout commence par la faim. Le dollar dépasse les 145 000 tomans. Le médicament d’un malade passe de 113 000 à 800 000 tomans, et un œuf se vend 12 000 tomans pièce. À 5 heures du matin, sur la route du travail, un homme n’en peut plus : Vous avez des armes ? Alors tirez sur nous, les 80 millions. Finissez-en.

Le 29 décembre, le Grand Bazar de Téhéran baisse ses rideaux. À Ispahan, un commerçant le raconte en une phrase : Chaque matin, je lève ce rideau avec une prière. Aujourd’hui, j’ai prié… et je l’ai rebaissé, par respect pour mon peuple. La grève gagne les universités, puis tout le pays. Le régime répond par les gaz, les matraques, puis les balles. Dès le 1er janvier, il tue. À Koohdasht, on enterre Hesam en criant qu’il était un manifestant, pas un mercenaire. Le 3 janvier, Khamenei promet 4 millions de tomans à chaque foyer. La rue lui répond : Tu crois que 4 millions nous feront oublier le sang de nos jeunes ? C’est fini. Pahlavi reviendra !

Partout, le même cri monte : C’est la bataille finale, Pahlavi reviendra ! La nuit, en voiture, un jeune homme part manifester et laisse ce message : Qu’un jour on prenne cette route vers l’aéroport pour accueillir notre Shah. Souvenez-vous de nos voix s’il nous arrive quelque chose. Un garçon de onze ans, cagoulé, dit qu’il n’a pas peur. À Bodjnourd, une femme âgée, le visage en sang, lève le poing : Je n’ai pas peur. Je suis morte depuis 47 ans.

Épisode 2 : « La nuit de l’espoir »
le 8 janvier 2026

Le prince Reza Pahlavi a appelé les Iraniens à sortir à 20 heures. Dans la journée, les bazars ferment dans tout le pays. Au cimetière d’Ispahan, des jeunes viennent dire adieu à leur père avant la nuit : Peut-être que ce soir, je le rejoindrai. Quoi qu’il arrive, on y va. Rejoignez-nous. Un ancien militaire pose son képi sur la table : Reza Pahlavi II a donné l’ordre. Soldat de mon pays, j’obéis. Majid Farnian enregistre un dernier message : Peut-être aurions-nous dû agir plus tôt. Quelques heures plus tard, il est tué par le régime à Chalous.

À 20 heures, l’Iran sort. Des millions de personnes. De Téhéran à Machhad, de Tabriz à Chiraz, de Rasht à Ahvaz, une seule voix : Vive le Shah !, Roi Reza Pahlavi !, Reza Shah II, fierté de l’Iran, nous t’attendons. À Haft Hoz, la foule crie vers le ciel : Prince, nous sommes sortis pour toi. Pendant quelques heures, des places entières appartiennent au peuple.

Puis le régime ouvre le feu. Fusils d’assaut, mitrailleuses lourdes, tireurs sur les toits. Les blessés sont soignés à même le trottoir, à la lumière des téléphones. Un homme supplie sa femme de se relever : Allez, Nasim, ma chérie, lève-toi. Un père se penche sur sa fille : Faezeh, c’est papa. Lève-toi, je t’en prie. Hadis avait treize ans. Le pompier Hamid Mahdavi, filmé portant un blessé dans ses bras, est tué plus tard dans la nuit. À Rasht, les miliciens mettent le feu au bazar pour piéger la foule et braquent leurs armes sur les pompiers : Ils veulent Pahlavi ? Qu’ils brûlent.

Épisode 3 : « Kahrizak »
le 9 janvier 2026

Au matin, les ambulances font la queue devant la morgue de Kahrizak, au sud de Téhéran. Chacune transporte les corps de dix ou vingt jeunes. Personne n’accueille les familles : elles ouvrent elles-mêmes les housses mortuaires, une à une, à la recherche d’un visage. Devant un corps : Davoud, je n’aurais jamais cru devoir venir ici pour toi. Devant un autre : Mani, mon fils… Pars devant, je te rejoins bientôt. Un témoin : S’ils disent qu’il n’y a eu que 50 ou 60 tués, ne les croyez jamais. J’ai vu moi-même plus de mille corps sortir de cette salle.

On demande aux familles d’arrêter de filmer. Un homme refuse : Les gens doivent voir la vérité ! Un autre lui répond : Si ça se sait, les gens auront peur et ne redescendront plus dans la rue. Il se trompait. Le soir même, malgré le massacre de la veille, l’Iran redescend dans la rue. À Machhad, plus d’un million de personnes marchent dans le noir, car le régime a coupé l’éclairage pour qu’on ne les voie pas. On crie : Shah bien-aimé, reviens en Iran ! et L’Iran est prêt, donne l’ordre, Prince ! Le régime tire de nouveau. Ses miliciens sont filmés en train de casser eux-mêmes des voitures pour en accuser les manifestants. Et sur le téléphone d’un de ses agents, on retrouve les images qu’ils ont tournées eux-mêmes, au milieu de leurs victimes.

Épisode 4 : « 40 jours »
du 10 janvier au quarantième jour

Le 10 janvier, les corps arrivent toujours à Kahrizak. Un proche crie que le jeune homme était un champion, en équipe nationale, tué d’une balle dans la tête. Un père erre pendant des jours de housse en housse, en appelant son fils : Sepehr, mon fils, où es-tu ? Puis il se tourne vers l’objectif : Regarde, le monde ! Ce n’est pas un film ! C’est la réalité ! Le corps de Sepehr avait été transféré, faute de place, à la morgue des femmes de Behesht-e Zahra. C’est là que son père a fini par trouver une housse noire portant son nom.

Les camions frigorifiques emportent les jeunes vers le cimetière. Un père : On élève son fils trente ans… et puis, d’un coup, ils te l’arrachent. Nous n’avons plus rien à craindre. Sur une tombe : Araz, c’était la première fois que je n’arrivais pas à temps. Puis vient le quarantième jour, celui où, en Iran, on se rassemble autour des tombes. Les familles n’y pleurent pas seulement : elles y célèbrent des héros. Une mère s’adresse au tueur de son enfant : Tu as peut-être pris sa vie, mais tu ne peux pas tuer ce qu’il défendait. On peut tuer un homme, on ne tue pas une idée. La mère de Behnam répond à son fils, qui avait dit qu’elle n’aurait plus de fils : J’ai encore des fils ! Tant de fils ! Au mémorial de Sepehr, on annonce : Aujourd’hui, c’est le mariage de Sepehr. La mariée, c’est l’Iran. Et sur les tombes monte le même cri qu’en janvier : C’est la bataille finale, Pahlavi reviendra ! Vive le Shah !

Ce que le peuple réclamait

Ces quatre épisodes ne laissent aucun doute. Ce soulèvement n’a pas demandé de réformes au régime : il a demandé son départ, et le retour de la monarchie. De Zahedan à Tabriz, d’Abadan à Astara, de Gonabad à Bouchehr, les Iraniens ont scandé Vive le Shah ! et Pahlavi reviendra !, et ils ont levé le drapeau au Lion et Soleil. Ils ont répondu à l’appel du prince Reza Pahlavi et lui ont demandé de donner l’ordre. À Astara, la foule l’a dit sans détour : Mort aux trois corrompus : les mollahs, les gauchistes et les Moudjahidine.

Le régime le savait. C’est pour cela qu’il a tiré.

Combien ont-ils tué ?

Le régime n’a reconnu qu’environ 3 000 victimes. Les bilans qui ont filtré, dont certains établis par ses propres services, vont de 25 654 à environ 50 000 Iraniens tués en quarante-huit heures. Nous les avons rassemblés et sourcés un par un dans notre article Massacre des 8 et 9 janvier 2026 : tous les bilans. Le vrai chiffre reste inconnu, et il est fort probablement plus lourd encore.

Ils ont filmé pour que nous voyions.
Regardons, et n’oublions jamais.
Javid Nâm : ceux dont le nom ne meurt jamais.

Source : « This Is Our Story », série documentaire en quatre épisodes (2026), versions complètes sous-titrées en anglais sur YouTube. Synthèses, sous-titres et traduction françaises : Garde Javidan. Dans nos synthèses, les images les plus crues ont été floutées.

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