La mascarade du rat : autopsie de funérailles fabriquées
Analyse · Ashk-7000
Onze mille bus, des fonctionnaires réquisitionnés, des Irakiens défrayés, cinquante millions de pains — et, sur l’estrade, pas un seul chef d’État de poids. Voici, chiffres et sources à l’appui, l’autopsie d’un deuil fabriqué.
Le 28 février 2026, une frappe met un terme à trente-sept ans de règne. Ali Khamenei, l’homme qui, pendant la guerre, s’était terré au fond d’un trou comme un rat, n’est plus. Quatre mois plus tard, le régime qui lui survit se heurte à un problème très simple : comment pleurer un tyran que le peuple ne pleure pas ? La réponse tient en une logistique — pas en une émotion. Ils ont fabriqué le deuil. Démontons la mise en scène, pièce par pièce.
1. Une foule qu’on n’a pas vue marcher — on l’a transportée
Un chagrin sincère ne se commande pas par bon de transport. Le leur, si. Selon le décompte compilé par Wikipedia, les autorités ont réacheminé 11 000 bus de tout le pays, contraint les administrations à envoyer leurs employés (l’opérateur d’État Mobile Communications of Iran a purement et simplement annulé les congés de la semaine), et fait venir 1,7 million d’Irakiens par voyages gratuits, visas offerts à l’appui. Pour nourrir et loger cette claque, l’État a sorti 50 millions de pains et réquisitionné 5 000 mosquées et 700 écoles.
Quand un deuil « spontané » réclame onze mille bus et du pain gratuit, ce n’est plus du deuil : c’est de la logistique.
2. Le chiffre magique
Le régime a d’abord annoncé la couleur : 15 à 20 millions de participants attendus sur la semaine, et des préparatifs pour 30 millions. Le jour principal, à Téhéran, le Financial Times a évoqué 12 à 15 millions, The New Arab « plus de 10 millions ». Mais le seul chiffre qui parle est celui des transports : la régie de Téhéran a revendiqué 23,7 millions de trajets en trois jours — autrement dit une foule véhiculée, pas une nation qui descend à pied dans la rue.
Et sur le terrain, la fable se fissure. La reporter de la BBC Nawal Al-Maghafi, dépêchée à Téhéran, lâche : « Je suis assez surprise, ce n’est pas aussi bondé que je pensais. » Wikipedia résume l’objectif sans détour : l’ensemble du dispositif visait à « créer l’apparence d’une large participation populaire ». L’apparence. Le mot est d’eux.
3. Le banquet des absents
C’est ici que la mise en scène s’effondre pour de bon. On juge le poids d’un homme au carnet de ses funérailles — et celui du rat est vide. Pas de Poutine. Pas de Xi. Pas d’Erdoğan. Aucun dirigeant occidental. Les « alliés » eux-mêmes ont snobé : la Chine a dépêché un vice-président de commission parlementaire, la Russie a envoyé Dmitri Medvedev — un ex-président rétrogradé au rang de numéro deux d’un conseil — et IranWire rapporte que Chine, Russie et Turquie étaient carrément absents du service officiel.
Les plus gros noms réellement présents ? Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif — pays sous perfusion — le président tadjik Rahmon, l’Arménien Pashinyan. Rien de plus. Pire : treize pays ont décliné l’invitation sous la pression américaine, et le ministre iranien Araghchi s’est réduit à « remercier plus de 70 nations » — la rhétorique du nombre pour masquer le vide du rang. Le bouquet final ? le propre successeur de Khamenei, le nouveau “Guide”, ne s’est même pas montré. Quand ton héritier ne vient pas à ton enterrement, c’est que le trône est déjà froid.
4. Ce qu’ils célébraient vraiment
Regardez ce que la caméra d’État a filmé entre deux sanglots commandés : une effigie de Donald Trump pendue au-dessus de la foule, des pancartes proclamant « Il y aura du sang ». Des funérailles, ou un meeting de guerre ? Et souvenons-nous de la date : six mois plus tôt, en janvier 2026, ce même régime fauchait des milliers d’Iraniens dans les rues — les vrais, ceux dont on n’a affrété aucun bus pour porter le deuil, ceux dont on a caché les tombes. Le régime a loué des millions de figurants pour pleurer un bourreau, le mois où il enterrait en silence les enfants qu’il avait assassinés. Ce contraste-là est le verdict.
موش در سوراخِ خود مُرد
« Le rat est mort dans son trou. »
La vraie foule d’Iran ne se loue pas au bus et ne se paie pas en pain. Elle se lèvera, le jour venu — sans cars réquisitionnés ni pèlerins défrayés — non pour pleurer un homme, mais pour enterrer un régime. Le rat s’est éteint au fond de son trou ; reste à en finir avec le trou. Tous savent comment Zahaak finit, à la fin.
— Ashk-7000.